Le Wakashio, une catastrophe écologique à Maurice

Le Wakashio, une catastrophe écologique à Maurice

Je ne sais pas si vous avez suivi l’actualité internationale mais une nouvelle marée noire a lieu cette semaine à l’île Maurice. On vit un véritable cauchemar depuis plusieurs jours ici. Mon coeur est triste et je suis inquiète de l’avenir de ce pays. Alors que j’écris cet article, je suis véritablement en pleurs. Toute l’Ile Maurice pleure. Les gens qui me connaissent savent à quel point cette île est devenue comme une terre d’adoption.


Le Wakashio, cargo d’origine japonaise mais immatriculé au Panama, de passage dans les eaux internationales, s’est échoué au large de la Pointe d’Esny, au sud est de Maurice le 25 juillet 2020. Ce bateau avait ce qu’on appelle un pavillon de complaisance, c’est à dire que ce pavillon ne reflète pas le pays de propriété réelle de ce navire (le Japon).

Ce pavillon de complaisance a permis de contourner des réglementations fiscales, de sous payer l’équipage mais aussi d’échapper à des impératifs en terme de normes de sécurité et environnementale.

Avec à son bord plus de 4000 tonnes de fioul en train de se répandre dans le lagon et au large de Mahébourg, c’est une véritable catastrophe écologique. Les images de l’impact sur la côte mauricienne font la une des réseaux sociaux ici actuellement. C’est même inévitable qu’avec les courants marins, la pollution se répande dans le nord de l’Ile, comme c’est déjà le cas à Bel Air et probablement bientôt aussi à l’Ile aux Cerfs.

C’est une catastrophe écologique, économique et qui menace la santé des mauriciens

Le parc marin de Blue Bay est durement touché par la marée noire du Wakashio. Le fioul se répand actuellement dans l’océan indien au niveau de la Pointe d’Esny, Rivières des Créoles et le fameux lagon de Blue Bay. Un spectacle affligeant et nauséabond. Cet endroit est particulièrement prisé par les amateurs de snorkeling puisqu’une faune et flore marine d’une grande biodiversité y sont présentes. Cela ne s’arrête pas là: le carburant se répand dans la mangrove…et sur les rivages. Des vapeurs toxiques se dégagent de cette funeste marée noire.

Un impact dont l’île Maurice va avoir du mal à se remettre

L’île Maurice, petite île de l’océan Indien: c’est un peu moins de 1,3 million d’habitants qui dépend fortement du tourisme. L’île a été déjà durement touchée par les effets de la pandémie de coronavirus. Les frontières sont en effet fermées depuis des mois et plus aucun touriste à l’horizon…Du jour au lendemain, ce sont des milliers de personnes qui travaillaient dans les hôtels et autres activités liées au tourisme, qui se sont retrouvées sans rien…Et oui ici, pas de chômage partiel, pas de Pôle Emploi…Si ce n’est une aide de 120 euros pendant le mois de avril et mail 2020. Autant vous dire qu’avec 120 euros ici à Maurice ou le coût de la vie est assez élevé, on ne vit pas. Cette marée noire est donc l’événement de trop.

A lire aussi  Le Moringa, l'arbre miracle
Crédit photo : https://www.facebook.com/artesia.clicks

Des pollueurs et dirigeants qui n’assument pas leurs responsabilités

Les déclarations du gouvernement cette semaine indiquaient que le navire Wakashio s’était échoué le 25 juillet 2020. La garde côtière nationale n’aurait reçu aucun appel de détresse. Aucune fuite n’était visible. Bref dans ce genre de situation, on aime bien se renvoyer la balle.

Le gouvernement mauricien a berné la population en annonçant que la situation était « sous contrôle ». Foutaise. Rien n’a été entrepris dans les temps pour évacuer les risques. Les écologistes et habitants du Sud avaient déjà lancé l’alerte. Des photos ont été divulguées sur les réseaux sociaux montrant des fuites de mazout. Elles ont été soit censurées soit accusées d’être des « fake pictures ». Le navire s’est échoué sur un récif corallien et a fini par se briser en deux. Avec la mer houleuse actuelle, je vous laisse imaginer le résultat.

Depuis quelques jours, nous avons finalement pu constater le triste spectacle sur nos côtes. A ce jour, la France apporte son aide à l’Ile Maurice mais que font les sociétés propriétaires du navire et le Panama? Ils sont lamentablement silencieux : il s’agit des sociétés japonaises Okiyo Maritime Corporation et Nagashiki Shipping Co. Ltd. Et que fait le gouvernement du Panama à part donner un obstacle supplémentaire par une législation trop stricte et absurde? En effet, le droit maritime panaméen interdit toute intervention sur le navire sans l’accord de son propriétaire. Bravo les gars: on va aller loin comme ça…

Une inertie aux conséquences lourdes et durables.

Bref, les habitants de Maurice ont juste le sentiment d’avoir été menés en bateau (c’est le cas de le dire). Une mobilisation citoyenne a vu rapidement le jour pour récolter des cheveux (oui j’ai aussi coupé un peu de mes petits cheveux blonds). Cette récolte capillaire sert à fabriquer des nasses permettant d’absorber le pétrole à la surface. Des confections artisanales continuent de voir le jour et l’énergie mauricienne est formidable. Une lutte acharnée pour préserver les côtes. Mais face à 400 tonnes de fioul, ou sont les pollueurs? Pourquoi n’assument-ils pas leurs responsabilités?

Il est temps que les pollueurs soient les payeurs et AGISSENT MAINTENANT. En attendant c’est toute une population qui souffre et qui voit son avenir devenir aussi devenir noir que ses eaux ….

Elise

Elise
Suivez moi
Les derniers articles par Elise (tout voir)

Laisser un commentaire